Fin de la domination espagnole

L’homme politique Francisco Arrango y Parreño, propriétaire de la plus grande plantation de sucre, demande et obtient au nom de l’ayuntamiento de la Havane le droit d’introduire librement des esclaves à Cuba le 28 février 1789. Ce droit est prolongé de 3 ans en 1791. En 1807, l’Angleterre qui a voté l’abolition de l’esclavage le 23 février 1807 comdamne cet « odieux commerce » à Cuba.

Jose Antonio Aponte
Jose Antonio Aponte

Ce n’est qu’en 1809 que la première manifestation d’indépendance éclate contre les occupants espagnols. Elles sont férocement réprimées. Certains rebelles s’enfuient dans les montagnes, ce sont les esclaves cimarrones qui se regroupent au sein de communautés isolées, les palenques. En 1812, José Antonio Aponte y Ulabarra, charpentier, esclave affranchi, prêtre de la Santería et dirigeant du cabildo nommé Shangó Tedum, poursuit cette volonté d’indépendance en menant un soulèvement impliquant des Blancs, des gens de couleur libres ainsi que des esclaves. Il est surnommé le « Spartacus de Cuba ». Les propriétaires terriens qui craignent un nouvel Haïti et la perte de leur richesse se lancent dans une féroce répression du mouvement. José Antonio Aponte sera pendu et sa tête exposée à La Havane.

Le 10 février 1817, un décret royal accorde la liberté de commerce avec les pays étrangers, le port de la Havane s’ouvre à ces nouvelles voies commerciales.

Le 23 septembre 1817, un décret pour l’abolition de l’esclavage est conjointement adopté par la Grande-Bretagne et l’Espagne (Fernando VII). Il est signé à Madrid et doit s’appliquer, pour les Espagnols, à toutes les possessions à compter du 30 mai 1820. À Cuba, où 50% de la population est esclave, ceci n’est pas envisageable et l’esclavagisme se poursuit tout de même.

En 1821, un mouvement de contestation s’élève. Il est organisé par le poète José María Heredia et le créole José Francisco de Lemus, officier de l’armée. Ce mouvement, qui porte le nom de Soles y Rayos de Bolívar, aspire à l’abolition de l’esclavage et souhaite fonder la République de Cubanacán. Après la découverte de cette conspiration en 1823, les autorités coloniales arrêtent ses membres. José Francisco est capturé le 19 août et José María Heredia doit se réfugier aux États-Unis. L’année suivante, 25 membres de la conspiration, dont José Francisco, sont déportés vers l’Espagne.

Depuis la fin du 18ème siècle, les lois offrent les plus grandes facilités pour l’affranchissement des esclaves. Petit à petit, ces Noirs horros (« libres ») représentent une part notable de la population. Elle commence à s’enrichir et au 19ème siècle, une petite bourgeoisie créole voit le jour (au milieu du siècle, ils contrôlent par exemple une grande partie des bars et tavernes de la capitale). Envieuse de la classe blanche, elle va nourrir les révoltes contre le gouvernement.

En 1841, plusieurs soulèvements d’esclaves se produisent dans des sucreries et plantations de café. En 1843, de nouvelles rébellions qui mêlent esclaves et Noirs libres se déroulent aux alentours de Cárdenas et Matanzas. Le pouvoir colonial lance une vague de répression féroce qui atteint son paroxysme en 1844, année dite año del cuero (« année du fouet »). Il nomme ce « complot » la conspiration de l’Escalera, nom de l’échelle de bois sur laquelle 4.000 personnes, des Noirs principalement, sont attachées et fouettées jusqu’à l’aveu ou la mort. Ceci n’apaise pas pour autant le soulèvement révolutionnaire. Le gouvernement décide alors de lancer une série d’enquêtes et de procès qui mènera à l’exécution d’une centaine de personnes et l’arrestation ou la déportation d’un millier d’autres. En tout, seulement au cours des années 1843 et 1844, il est estimé que 6.000 Noirs et métis furent tués.

En 1848, lors de l’affranchissement des esclaves des Antilles françaises, la domination espagnole n’est plus seulement menacée par les Noirs ; les Créoles rêvent également d’autonomie.

De plus, les États-Unis sont devenus le principal partenaire commercial de l’île. Des chargements de sucre, de cacao, de tabac et de café quittent régulièrement le port de la Havane pour se diriger vers son grand voisin du Nord-Américain. Devant ce succès commercial, les États-Unis proposent de racheter Cuba aux Espagnols. La proposition de 100 millions de dollars est refusée par Madrid. En mars 1837, le journal Herald Tribune of New York avait déjà révélé ouvertement les visions annexionnistes du gouvernement américain envers Cuba.

Alors que durant la première moitié du 19ème siècle, les autres colonies du continent américain luttent pour la liberté, Cuba reste fidèle à l’Espagne. L’île est alors le premier producteur de café. Cette position n’est maintenue que grâce à un afflux toujours croissant d’esclaves. Le nombre d’Africains déplacés vers Cuba entre les années 1600 et 1880 est estimé à 760.000 dont 430.000 entre 1774 et 1840. Les origines de ces Noirs sont diverses : des Yorubas de l’ouest du Nigéria (surnommés Lucumís, Nagos ou Anangos à Cuba), des Bantous ou Bakongos du Kongo, des Ararás composés de différents groupes Kwas (Fons du Dahomey et du Nigéria et Ewés ou Eoués du Ghana et du Togo), des Abakuás (surnommés Nañigos à Cuba) dont des Carabalís ou Bríkamo de Calabar, des Madingues du Ghana, des Efik Ibo du Dahomey, des Ejagham, des Ibibio… En 1825, l’île dénombre 46% de Blancs, 18% de non-Européens libres (métis) et 36% d’esclaves.

Années 1804
1805
1806
1810
1811
1815
1816
1820
1821
1825
1826
1830
1831
1835
1836
1840
1841
1845
1846
1850
1851
1855
1856
1859
Millions de livres 1,5 4,8 11,5 16 21,7 40 50,1 47 42,2 19,2 13,7 5,1
Production cubaine de café

Dans les années 1840, les profits générés par le café diminuent (notamment à cause de la concurrence du Brésil), l’île se tourne massivement vers le sucre qui affiche une production supérieure à celle du café en 1846. L’écart de rentabilité entre les 2 cultures est accru par le fait qu’en 1837, un réseau ferré reliant les régions sucrières et les côtes de l’île est mis en place (Havane – Bejucal étendu l’année suivante à Güines). Cette économie bénéficie aussi, à partir des années 1840, de moulins à vapeur qui remplacent les moulins actionnés par des animaux. Cuba représente alors 21% de la production sucrière mondiale. Mais dans les années 1860, le cours du sucre s’effondre. L’économie cubaine qui produit 41% du sucre mondial en 1970 ne peut pas résister à cette crise. L’industrie du tabac qui est florissante dans les années 1850 n’y peut rien. Une grève d’esclaves débute en 1862 dans le moulin à sucre de Miguel Aldama. Ce dernier prendra leur défense et financera la lutte indépendantiste jusqu’à sa ruine. En 1865, le compte Pozos Dulces, l’avocat José Morales Lemus et Miguel Aldama fondent le Parti Réformiste. Le premier journal ouvrier cubain, La Aurora, créé par Saturnino Martínez voit le jour. Cet hebdomadaire dénonce les dures conditions que supporte le monde ouvrier. Malgré cela, l’autorité espagnole instaure un nouvel impôt de 10% sur les revenus qui entre en vigueur le 1er juillet 1867, ce qui provoque une vague de mécontentement chez les propriétaires et commerçants créoles. Cet impôt, jugé injuste par les Cubains, prépare un climat révolutionnaire qui va déboucher sur un événement historique majeur.

Moyenne annuelle 1790 1841-1846 1855-1860 1862-1864 1867
Tonnes de sucre cubain 14 148 266 500 600
Production cubaine de sucre

Pour faire face aux soulèvements des Africains, les espagnols tentent de trouver d’autres sources d’esclaves. Entre 1847 et 1873, 130.000 colonos asiáticos (coolies chinois) sont embauchés pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire. Issus de milieux très pauvres, il acceptent des contrats et des conditions de travail proches des esclaves africains.

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