La période de la détente

Le 24 décembre 1962, les USA échangent la libération de la plupart des soldats faits prisonniers, soit environ 1113, durant le débarquement de la Baie de Cochons contre 53 millions de dollars de médicaments et de nourriture pour enfants. Le gouvernement révolutionnaire cubaine assure le 31 décembre que son espace aérien a été violé 58 fois par des avions provenant des États-Unis.

Le 12 janvier 1963, Cuba reconnaît diplomatiquement la République démocratique allemande. Le lendemain, la République fédérale allemande rompt donc ses relations avec l’île. Le 22 janvier 1963, le procureur de New York, James Britt Donovan, rencontre Fidel Castro pour négocier libération de 22 prisonniers américains à Cuba. Le 8 février, un nouvel accord commercial est mis en place entre Cuba et l’URSS. En réponse, l’administration Kennedy interdit de voyager vers Cuba et rend toute transaction financière et commerciale depuis les USA illégale. Le 22 février, Fidel Castro reprend son idée de création du Partido Unido de la Revolución Socialista. Ce geste est interprété comme un rapprochement avec l’Union Soviétique qui demande au gouvernement révolutionnaire cubain de créer un parti communiste. Le 13 mars, 3 hommes préparant un attentat contre Fidel Castro avec un fusil longue portée sont arrêtés à l’Université de la Havane. Le 18 mars, des membres de l’Alfa 66 (force contre-révolutionnaire formée en 1961 à Puerto Rico puis basée à Miami) et de II Frente del Escambray (groupe révolutionnaire qui lutta contre la dictature de Fulgencio Batista. Après sa chute, les divers leaders du mouvement suivirent des chemins différents. Certains, déçus par le nouveau gouvernement, reformèrent un mouvement contre-révolutionnaire) attaquent le navire soviétique Lvov mouillé dans les eaux cubaines. Le 19 mars, Alfa 66 revendique l’attaque depuis Washington. Le 24 mars, 22 organisations anti-castristes basées aux USA élisent Carlos Márquez Sterling y Guiral comme président du mouvement contre-révolutionnaire. Le 26 mars, des exilés cubains attaquent le bateau soviétique Baku mouillé dans les mers cubaines des Caraïbes. Malgré cela, les États-Unis s’engagent publiquement le 20 mars à mettre tout en œuvre pour que leur territoire ne serve pas de base d’attaque contre Cuba ou contre les navires soviétiques.

Du 17 avril au 3 juin 1963, Fidel Castro se rend en URSS pour atténuer les différends créés durant la résolution de la crise des missiles. Fidel Castro obtient que l’URSS augmente ses achats de sucre cubain. Le 20 mai, Carlos Prío Socarrás, Carlos Márquez Sterling y Guiral, Guillermo Martínez Márquez, José Ignacio Rivero, Pedro Luis Díaz Lanz et Ernesto Rodríguez annoncent la constitution d’un Comité Cubano de Liberación basé à Miami. Le 28 mai, la CIA décrit dans un rapport interne l’organisation des groupes contre-révolutionnaires :

  • à gauche, le II Frente del Escambray, l’Alfa 66, le Frente de Liberación Anti-Comunista et des membres du Movimiento Revolucionario et du Movimiento Revolucionario 30 de Noviembre sont parvenus à un consensus qui les unit dans l’action contre-révolutionnaire. L’adhésion du dirigeant de la Junta Revolucionaria Cubana (JURE), Manuel Ray, pourrait augmenter l’influence de cette organisation ;
  • au centre, l’Unidad Revolucionaria (UR), le Movimiento de Recuperación Revolucionaria (MRR), le Movimiento Demócrata Cristiano (MDC), le Directorio Revolucionario Estudiantil (DRE) ont commencé des tentatives distantes d’organisation ;
  • à droite, la Alianza para la Libertad de Cuba (ALC) et l’Asociación para Recuperación Económica de Cuba (AREC) qui rencontrent des difficultés pour attirer de nouveaux adhérents.

Le 5 juillet 1963, l’OEA recommande de renforcer les mesures contre le régime cubain en place. Le 9 juillet, tous les fonds du gouvernement cubain déposés aux USA sont gelés. John Fitzgerald Kennedy affirme le 17 juillet qu’il n’existera pas de coexistence pacifique avec Cuba sous le régime de Fidel Castro. Ce dernier répond en dépossédant l’ambassade américaine à Cuba de ses bâtiments. À partir de juillet, Cuba commence à changer de politique industrielle. L’île va cesser son industrialisation massive et accélérée pour entrer dans une nouvelle phase de production agricole et de pêche. Le 7 septembre, dans une interview, Fidel Castro indique avoir connaissance des plans de la CIA pour l’assassiner et provoque les USA en ajoutant que les dirigeants américains ne sont pas non plus en totale sécurité. Le 30 septembre, Fidel Castro ne signe pas le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires ou traité de Moscou qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins. Le service militaire est mis en place le 13 novembre. Tout garçon entre 15 et 45 ans doit y participer durant 3 ans. Le 17 novembre, John Fitzgerald Kennedy propose à Fidel Castro, par l’intermédiaire du journaliste français Jean Daniel Bensaid, de négocier pour rétablir des relations normales et de lever l’embargo. L’assassinat du président américain, le 23 novembre, fait oublier ce geste. Le 2 décembre, le gouvernement annonce la formation du Partido Unido de la Revolución Socialista (PURS). Le 23 décembre, un canot de la marine de guerre cubaine explose, saboté, dans l’île des Pins. Le 31 décembre, Cuba informe que le gouvernement a dénombré 484 survols de son territoire par des avions espions américains en 1963.

L’année 1964 est désignée « année de l’économie ». Le 11 janvier, le gouvernement achète pour 11 millions de dollars d’autobus à la firme anglaise Leyland. Du 13 au 23 janvier, Fidel Castro se rend à nouveau en URSS. Il se dit également prêt à améliorer les relations du pays avec les USA. Le 24 janvier, il annonce à la télévision l’arrivée massive de machines soviétiques pour la récolte sucrière. Un accord est également passé pour l’achat de 2,1 millions de tonnes de sucre en 1965 et d’un million les 3 années suivantes. Le 3 février, l’OEA accuse Cuba d’agression armée contre le gouvernement vénézuélien de Rómulo Betancourt car de nombreuses armes cubaines destinées aux Fuerzas Armadas de Liberación Nacional (FALN, groupe révolutionnaire opposé au gouvernement du Vénézuela) sont retrouvées dans le pays. Le 1er juin, Fidel Castro annonce qu’il suspecte les États-Unis de préparer une guerre bactériologique. Le 29 juin, Juanita Castro, sœur de Fidel, s’exile au Mexique et coupe le lien avec ses frères. Le 6 juillet, le gouvernement révolutionnaire cubain fait une vague proposition de réconciliation avec les USA qui la refusent le lendemain tant que Cuba sera dépendant de l’URSS. Du 21 au 26 juillet, l’OEA décide d’isoler Cuba diplomatiquement à cause de l’envoi d’armes vers les guérillas communistes du Vénézuela. Tous les membres de cette organisation, sauf le Mexique et la Jamaïque suspendent leurs relations diplomatiques avec Cuba (Chili le 12 août, Bolivie le 21 août, Uruguay le 8 septembre…). Le jour même, Fidel Castro réitère sa proposition d’apaisement avec les USA dans une interview pour le New York Times. Le 1er octobre, le président cubain Osvaldo Dorticós Torrado participe à la seconde conférence des pays non-alignés et signe l’adhésion de son pays au mouvement. Le 9 décembre, le représentant de Cuba ‘Che’ Guevara prononce un discours contre la politique étrangère américaine devant l’assemblée de l’ONU à New York. Un commando anti-castriste tire au bazooka non loin du bâtiment mais ‘Che’ Guevara n’est pas inquiété. Ce discours froisse la susceptibilité de l’URSS. Le 31 décembre, un accord commercial entre Cuba et la Chine est signé.

L’année 1965 est placée sous le signe de l’agriculture. En janvier, ‘Che’ Guevara effectue plusieurs visites dans des pays africains (Égypte, Mali, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Guinée, Algérie et Tanzanie) pour parler de la révolution. Le 17 février, Cuba signe un accord avec l’URSS pour augmenter les échanges commerciaux et l’île obtient un crédit de 167 millions de dollars pour financer son déficit de près de 500 millions de dollars. Le 24 février, ‘Che’ Guevara prononce un discours à Alger au cours du Seminario de Solidaridad Afroasiática. Il y critique les pays de l’hémisphère nord d’exploiter ceux de l’hémisphère sud. Il soutient le Viêt Nam du nord dans la guerre du Viêt Nam et encourage les peuples des autres pays en voie de développement à prendre les armes et à créer « de nombreux Viêt Nam ». À son retour, il disparaît complètement de la vie politique. Les causes de son retrait sont diverses et controversées : échec de sa politique d’industrialisation, pression de responsables politiques soviétiques qui n’ont pas apprécié l’alignement économique et idéologique pro-chinois de ‘Che’ Guevara dans une période où les relations sino-soviétiques sont dégradées, méfiance de Fidel Castro envers son compagnon dont la popularité grandissante en fait une menace politique… Pressé par la spéculation internationale et les rumeurs quant au destin du ‘Che’, Fidel Castro déclare le 16 juin que le peuple sera informé à propos du ‘Che’ quand lui-même l’aura décidé. Le 3 octobre, Fidel Castro dévoile une lettre non datée, écrite par ‘Che’ Guevara à son attention, dans laquelle il réaffirme sa solidarité avec la révolution cubaine mais déclare son intention de partir combattre à l’étranger pour la révolution. Il annonce sa démission de tous ses postes au gouvernement, au parti et dans l’armée et renonce à la citoyenneté cubaine.

Le 7 septembre, l’URSS accepte d’apporter une assistance technique à Cuba pour que la récolte sucrière puisse atteindre 10 millions de tonnes dans quelques années. Le 3 octobre, le Comité Central del Partido Comunista de Cuba (CCPCC) remplace le Partido Unido de la Revolución Socialista (PURS). Le jour même, le président américain autorise l’entrée sur le territoire de navires provenant du port de Camarioca. Des centaines de Cubains (des sources annoncent 2979) en profitent pour s’enfuir vers les États-Unis à bord de petites embarcations. Le 3 novembre, le gouvernement cubain interdit l’arrivée et le départ de bateaux depuis Camarioca à cause « du mauvais temps ». Le 6 novembre, Cuba et les USA trouvent un accord pour que des milliers de Cubains puissent partir du pays, de manière plus sure et ordonnées, mais de manière définitive grâce aux « vuelos de la libertad« . Ces vols relient les 2 pays, 2 fois par jour, 5 jours par semaine.

1966, l' »année de la solidarité ». Le 2 janvier, le gouvernement cubain accuse la Chine d’ingérence dans ses affaires internes. Du 3 au 15 janvier, Cuba accueille la conferencia tricontinental. Des délégations d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine y participent. Ils créent l’Organización de Solidaridad de los Pueblos de Asia, Africa y América Latina (OSPAAL) afin de coordonner les mouvements révolutionnaires et de guérilla dans ces régions. Le 16 janvier, 27 pays d’Amérique latine créent l’Organización Latino-Americana de Solidaridad (OLAS). Le 13 février, Cuba annonce un nouvel accord avec l’Union Soviétique pour un crédit de 91 millions de dollars. Le 15 juin, le chancelier cubain Raúl Roa García dénonce devant l’ONU l’augmentation d’attentats et de sabotages sur l’île. Les USA sont visés. Le 2 novembre, le président américain Lyndon Baines Johnson signe le Cuban Adjustment Act qui exempte les immigrés cubains de la loi générale d’immigration. Tout Cubain arrivé à partir du 1er janvier 1959 et ayant vécu au moins 2 ans sur le territoire américain est éligible au titre de résident permanent. 123.000 demandes sont traitées en peu de temps.

'Che' Guevara
‘Che’ Guevara

Le 2 janvier 1967, le journaliste Herbert Matthews écrit dans le New York Times que la révolution cubaine a permis d’améliorer le niveau de soin pour les enfants, la santé publique, le logement et la voirie. Il note une égalité sociale et économique et remarque que pour la première fois, les Noirs ont un statut équivalent à celui des Blancs. Le 13 mars, Cuba dénonce l’URSS qui soutient des pays comme la Colombie où les communistes sont persécutés. Le 18 mai, le Comité Central del Partido Comunista de Cuba signe un traité indiquant qu’il soutiendra les mouvements révolutionnaires dans le monde. Le 1er août, s’ouvre à la Havane la première conférence de l’Organización Latino-Americana de Solidaridad (OLAS). Cuba s’en sert d’instrument de diffusion de thèses insurrectionnistes en Amérique latine. Lors de la clôture, Fidel Castro attaque le parti communiste vénézuélien et l’Union Soviétique car il estime qu’ils aident des pays réactionnaires. Le 9 octobre, ‘Che’ Guevara est fusillé en Bolivie. Cuba déclare 3 jours de deuil national pour sa mort.

La relation cubano-soviétique continue de se dégrader à la fin de l’année 1967. Pour le 50ème anniversaire de la révolution d’octobre, célébré à Moscou, Cuba n’envoie qu’une délégation de second rang, menée par le ministre de la santé. Le 2 janvier 1968, le gouvernement cubain annonce la rationalisation du pétrole à cause d’une baisse d’approvisionnement depuis l’URSS. Au sein du parti communiste, l’ancien membre du Partido Socialista Popular (PSP), Aníbal Escalante, crée une fraction dissidente d’anciens fidèles de Moscou appelée la Microfracción. Ils critiquent la politique intérieure et surtout l’implication de Cuba dans les révolutions armées d’autres pays. Aníbal Escalante envoie des informations confidentielles au Kremlin et tente de faire arrêter l’aide économique accordée à Cuba, dans le but de détrôner Fidel Castro et d’installer un gouvernement communiste plus « loyal ». L’affaire est dévoilée, Aníbal Escalante et 36 autres personnes sont arrêtés et condamnés le 28 janvier pour conspiration. Le 13 mars, Fidel Castro lance la Gran Ofensiva Revolucionaria qui nationalise près de 50.000 petits commerces. Immédiatement, une dégradation de la distribution et de la disponibilité des aliments et des services se fait ressentir. Le 17 août, le ministre du travail, Jorge Risquet, impose la carte de travail, document sur lequel sont renseignées les activités politiques de chaque ouvrier. Suite à l’introduction de réformes dites « socialistes à visage humain » par le parti communiste tchécoslovaque, l’URSS et les membres du pacte de Varsovie envahissent le pays le 21 août afin que la ligne conservatrice du parti communiste tchécoslovaque puisse reprendre en main l’appareil politique et économique du pays. Le 23 août, Fidel Castro se rapproche de l’Union Soviétique en soutenant cette opération bien que le printemps de Prague ait la sympathie de nombreux révolutionnaires cubains.

Le 2 janvier 1969, « année de l’effort décisif », le sucre est rationalisé par le gouvernement. Le 21 juillet, une importante délégation soviétique se rend à Cuba. Elle est très commentée par la presse et ne laisse pas de place à l’arrivée de la fusée américaine Apolo 6 sur la lune, événement qui n’est pas couvert par les télévisions cubaines. Le 26 juillet, Fidel Castro annonce le début de la récolte sucrière qui doit produire 10 millions de tonnes de sucre, objectif planifié depuis 1965. Le 8 août, le ministre de travail, Jorge Risquet, condamne fermement l’indiscipline, l’absentéisme et la négligence au travail. Le 8 novembre, l’ambassadeur de l’URSS et 650 diplomates et techniciens soviétiques assistent Cuba dans la récolte du sucre. Le 12 novembre, le marshal Andrei Grechko, ministre de la défense de l’URSS, se rend à la Havane et s’engage à moderniser les forces armées cubaines. En décembre, Cuba reçoit les Vencermos, groupe de travailleurs volontaires américains, solidaires avec la révolution cubaine, souhaitant rompre avec la politique américain imposée à l’île. Ils participent à la récolte de sucre.

Bien que 1970 soit l' »année de la récolte des 10 millions de tonnes » et que le gouvernement demande en début d’année une mobilisation général du pays, Fidel Castro doit annoncer le 19 mai que c’est un échec, seules 8,5 millions de tonnes ont été récoltées. Fidel Castro en prend la responsabilité et annonce une campagne de rapprochement avec le peuple. Le 14 août, il déclare vouloir démocratiser et renforcer les syndicats, ceux-là mêmes qu’il a déjà critiqué le 12 mai et dont il a indiqué la future réorganisation. Le 14 octobre, il déclare dans le journal Granma qu’une organisation populaire doit être créée pour contrôler toutes les activités de l’île. En décembre, la ré-organisation syndicale commence, elle durera jusqu’en 1973 avec la création de 23 nouveaux syndicats nationaux. L’année 1970 est morose, Fidel Castro annonce qu’il n’y aura pas de fêtes de fin d’année. De nouveaux sacrifices sont demandés aux travailleurs. Sur le plan commercial, Cuba est devenu un fournisseur agricole pour l’URSS ; une grande partie de son commerce se fait avec les pays du bloc de l’Est. Ce rapprochement oppose un peu plus le pays avec les États-Unis. Ceci est accentué par la demande d’arrêt, le 25 septembre, de la construction d’une base sous-marine soviétique à Cienfuegos.

1971, « année de la productivité. Le 2 janvier, les familles à faible revenu sont exonérées de loyer. L’accord commercial cubano-soviétique de 1965-1970 est étendu jusqu’en 1975. Le 20 mars, le poète Herberto Padilla et sa femme Belkis Cuza Malé sont arrêtés pour avoir produit des « écrits subversifs », dirigés contre le gouvernement. Le 22 mars, l’ambassadeur chilien qui a pris position pour Herberto Padilla est contraint d’abandonner l’île après avoir été déclaré persona non grata. Le 9 avril, 34 personnalités internationales du monde intellectuel signent une lettre dans le journal Le monde pour manifester leur préoccupation pour les représailles subies par les intellectuels cubains. Fidel Castro répond par une répression et une intolérance culturelle durant le Primer congreso nacional de Educación y Cultura ; il condamne toute forme intellectuelle qui n’est pas mise « au service du peuple ». Le 1er mai, Fidel Castro annonce que les salaires seront indexés sur la contribution des ouvriers à la production. Le 30 juillet, le Granma annonce que de nouvelles normes entrent en vigueur pour accéder à l’université, institution réservée aux révolutionnaires. Fidel Castro se rapproche du Chili en signant un accord de coopération technique et scientifique le 2 août, qui complète un accord commercial signé le 27 février de la même année. Le 10 novembre, Fidel Castro entame une visite de 3 semaines au Chili, son premier déplacement en Amérique latine depuis 1959. Il parcours le pays en et proclamant des discours de masse et rencontrant des universitaires. Cette collaboration technique et scientifique est également mise en place avec l’URSS le 6 septembre.

Au cours de l’année 1971, la répression contre les opposants au pouvoir s’accentue (la revue Pensamiento crítico éditée par le département de philosophie de l’université de la Havane est suspendue, le journaliste français Pierre Golendorf condamné à 10 ans de prison, le professeur américain Frank Mac Donald arrêté et expulsé du pays…).

1972 est désignée « année de l’émulation socialiste ». Dès le 2 janvier, le président Osvaldo Dorticós Torrado se rend à Moscou où il remercie l’URSS pour son aide et reconnaît que Cuba n’en est qu’à ses débuts du socialisme alors que l’Union Soviétique en est déjà à la construction du communisme. En janvier, les religions syncrétiques afro-cubaines sont officiellement interdites et de nombreux intellectuel Noirs sont persécutés. Le 10 avril, l’URSS annonce qu’elle aidera Cuba à la mécanisation de sa récolte sucrière et au développement d’une économie planifiée et centralisée. Le 18 avril, la radio officielle cubain annonce la réception de rampes de lancement de missiles et de plusieurs avions Mig-23 délivrés par l’Union Soviétique. Le 2 mai, Fidel Castro commence un long voyage de 63 jours en Afrique (Algérie, Guinée, Sierra Leone), Europe de l’Est (République démocratique allemande, Bulgarie, Pologne, Tchécoslovaquie) et Union Soviétique. Cuba entame des relations avec la République démocratique populaire du Yémen et rétablit des relations diplomatiques avec le Pérou. Le 11 juillet, Cuba devient membre du Consejo de Ayuda Mutual Económica (COMECON ou CAME), organisation d’entraide économique entre différents pays du bloc communiste. Les liens économiques pour le sucre et le pétrole se resserrent avec le bloc de l’Est. L’île est plongée dans une dépendance totale envers l’URSS, avec qui elle effectue près de 85% de son commerce.

Le 19 juillet 1972, l’île établit des liens avec la Somalie et la Zambie. Le 28 août, Cuba demande que l’ONU déclare le droit à l’auto-détermination pour Porto Rico, en conformité avec la résolution 1541. Le 16 novembre, le pays signe à Paris la convention de protection du patrimoine mondial, culturel et national. Le 19 novembre, Cuba accepte une proposition de négociation avec les États-Unis sur le problème du détournement à répétition d’avions de ligne entre les 2 pays. Le 22 novembre, le gouvernement est réorganisé en suivant le modèle soviétique. Fidel Castro reste président du conseil des ministres. Le 8 décembre, Cuba établit des relations diplomatiques avec les nations des Caraïbes (Grenade, Guyane, Barbudes, Jamaïque et Trinidad-et-Tobago).

L’année 1973 est déclarée « année du 20ème anniversaire de la Moncada ». Le 25 janvier, l’île établit des relations diplomatiques avec le Bangladesh. En janvier, l’Argentine rétablit ses relations avec le gouvernement de Fidel Castro. Le 15 janvier, les USA et Cuba signent l’accord sur le détournement d’avions proposé à la fin de l’année précédente par les États-Unis. Les 4 et 5 avril, l’OEA effectue un pas vers le pluralisme idéologique et ouvre une commission pour la ré-intégration de Cuba suite à la demande du Vénézuela du 17 janvier. Le 6 avril marque la fin des « vuelos de la libertad« , 260.561 Cubains ont émigré aux USA depuis 1965. Du 11 au 22 avril, l’OEA réunie à Washington ajourne la ré-insertion de Cuba dans l’OEA. Le 28 mai, Cuba et l’Argentine rétablissent leurs relations diplomatiques. Du 6 au 20 septembre, Fidel Castro se rend à la 4ème conférence des pays non-alignés en Algérie. Il y défend la politique soviétique. Le 1er décembre, les forces armées cubaines sont ré-organisées suivant le modèle soviétique.

1974, « année du 15ème anniversaire du triomphe de la révolution ». Cuba reçoit le 28 janvier le dirigeant soviétique Léonid Ilitch Brejnev. Fidel Castro souligne l’aide apportée par l’URSS à la réussite de la révolution. Le 30 janvier, l’Union Soviétique et Cuba adressent un communiqué commun condamnant la Chine et demandant la régularisation des relations américano-soviétiques. Cuba continue de rétablir ses relations avec les pays de l’OEA (Pérou le 8 juillet, Panamá le 22 août, Vénézuela le 29 décembre). Le 9 août, l’île établit des relations diplomatiques avec le Sénégal. Le 28 septembre, les sénateurs américains Clairborne Pell et Jocob Javits se rendent à Cuba. Ce sont les premiers élus des USA à se rendre sur l’île depuis la rupture des relations américano-cubaines. En novembre, les secrétaires d’état américains William Pierce Rogers et Lawrence Sidney Eagleburger conduisent à Washington et New York des discussions secrètes avec les officiels cubains pour normaliser les relations entre les 2 pays.

L’année 1975 est l' »année du premier congrès (du parti communiste) ». Le 18 janvier, Cuba rétablit ses relations diplomatiques avec la République fédérale allemande. Le 9 février, le sénateur Edward Moore Kennedy demande dans une interview télévisée au gouvernement américain de lever l’embargo et d’apaiser les relations avec l’île voisine. Il sera suivi par d’autres dirigeants comme le démocrate George Stanley McGovern en mai. Le 6 mars, Cuba rétablit ses relations diplomatiques avec la Colombie. Le 12 mai, sur proposition du Mexique, l’OEA accepte de réviser les sanctions contre Cuba et autorise ses membres à rétablir des relations diplomatiques avec l’île. Cuba établit des relations diplomatiques avec le Mozambique (25 juin) et l’Éthiopie (18 juillet). Le 29 juillet, l’OEA abroge les sanctions contre Cuba. Les USA votent cette mesure. Le 21 août, Gerald Rudolph Ford annonce la levée partielle de l’embargo. Il autorise les compagnies américaines à vendre des produits à Cuba. Le 2 septembre, Cuba établit des relations avec l’Afghanistan. Le 11 septembre, Eduardo Arocena Fernández fonde le groupe anti-castriste Omega 7 en Floride. Il sera l’un des groupes les plus actifs à partir de la fin des années 1970 et au début des années 1980. Durant le conflit en Angola, Cuba soutient le Mouvement Populaire de Libération d’Angola (MPLA) en envoyant des troupes et des équipements le 12 octobre puis le 11 novembre. Plus de 50.000 Cubains sont sur le front en permanence. Du 17 au 22 décembre, le premier congrès du Partido Comunista de Cuba (PCC) a lieu à la Havane. Des statuts sont définis et un projet de constitution est validé sous la direction de Blas Roca Calderio. Après l’échec de la politique axée sur la production de sucre de canne, le pays doit se diriger à nouveau vers l’industrialisation. Le 20 décembre, le président Gerald Rudolph Ford annonce que l’implication du gouvernement cubain dans le conflit en Angola empêche toute possibilité de rétablissement des négociations diplomatiques entre les 2 pays.

Le 23 janvier 1976, le Zaïre accuse devant l’ONU Cuba d’ingérence dans les affaires angolaises. Le 28 janvier, le Comité Cubano pro Derechos Humanos est fondé à la Havane. Le 15 février, un référendum est proposé pour l’approbation de la nouvelle constitution socialiste rédigée au sein du Partido Comunista de Cuba. Le 24 février, cette nouvelle constitution, acceptée, remplace celle de 1940. Elle met en place l’Asemblea Nacional del Poder Popular (ANPP), organe suprême législatif du pouvoir d’état. Les autres organes lui sont subordonnées. Ses députés sont élus au suffrage universel indirect par les délégués des Asembleas municipales, eux-même élus par la population. Cuba se définit selon la constitution comme :

un estado socialista de trabajadores, independiente y soberano, organizado con todos y para el bien de todos, como república unitaria y democrática, para el disfrute de la libertad política, la justicia social, el bienestar individual y colectivo y la solidaridad humana

… soit :

un état socialiste de travailleurs, indépendant et souverain, organisé avec tout le monde et pour le bien de tous, comme république unitaire et démocrate, pour le développement de la liberté politique, la justice sociale, le bien-être individuel et collectif et la solidarité humaine

Le 1er mars, Cuba et la Libye établissent des relations diplomatiques. Le 5 avril, le secrétaire d’état Henry Kissinger annonce qu’il ne peut y avoir de meilleure relation avec Cuba tant que le pays aura des troupes en Afrique. Le 14 avril, l’URSS annonce la création d’une centrale nucléaire à Cuba. Le 5 juillet, le territoire cubain est réorganisé. Les 6 anciennes provinces de Pinar del Río, La Habana, Matanzas, Las Villas, Camagüey, Oriente laissent place à 14 provinces : Pinar del Río, La Habana, Ciudad de La Habana, Matanzas, Cienfuegos, Villa Clara, Santi Spiritus, Ciego de Avila, Camagüey, Las Tunas, Granma, Holguín, Santiago de Cuba et Guantánamo. Le 10 octobre, les consejos municipales sont élus et quelques jours plus tard, les députés de l’Asemblea Nacional del Poder Popular sont choisis. Le 27 novembre, Cuba retire ses troupes d’Angola, entre 7.000 et 11.000 de ses soldats ont perdu la vie. Le 2 décembre, l’Asemblea Nacional del Poder Popular commence à fonctionne sous la présidence de Blas Roca Calderio. Le lendemain, Fidel Castro est élu président du conseil d’état et par conséquent chef de l’état, chef du gouvernement et commandant en chef des forces armées.

Asemblea Nacional del Poder Popular
Asemblea Nacional del Poder Popular

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