La Révolution de 1959

Le 29 août 1956, Fidel Castro qui représente le Movimiento 26 de julio et José Antonio Echeverría pour le Directorio Revolucionario signent au Mexique le Pacto de México ou Carta de México qui appelle à la lutte armée. Leur première action a lieu le 27 octobre : Antonio Blanco Rico, chef de la police de Fulgencio Batista, est assassiné par balle par des membres du Directorio Revolucionario. Le 2 novembre, Fidel Castro déclare dans le journal « Alerta » qu’il va bientôt débarquer à Cuba. Cependant, les autorités mexicaines découvrent les armes entreposées par le Movimiento 26 de julio le 15 novembre et ordonnent à Fidel Castro de quitter le pays le 21 novembre. Le 25 novembre, Fidel et Raúl Castro, ‘Che’ Guevara et 82 rebelles se dirigent vers l’Oriente de Cuba dans le yacht le Granma. Le 30 novembre, Frank País et 300 hommes attaquent le quartier général de la police, l’administration douanière et le port de Santiago de Cuba. Le lendemain, la rébellion s’étend à toute la ville. Le 2 décembre, le Granma atteint les plages de Las Coloradas, près de Belic. L’arrivée était initialement prévue simultanément à l’attaque de Santiago mais des problèmes logistiques, une météo difficile et le manque de communication avec les terres compliquent les opérations. Ils sont bombardés par l’aviation de Fulgencio Batista et les survivants se dispersent autour de Niquero. Le 5 décembre, des combats ont lieu à Alegría de Pío. Les insurgés sont défaits et quelques-uns, dont les frères Castro, ‘Che’ Guevara, Juan Almeida Bosque et Calixto García, peuvent se replier au plus profond de la Sierra Maestra. Les autres sont capturés et exécutés.

Sierra Maestra
Sierra Maestra

Le 18 décembre, quelques survivants du Granma se regroupent à Purial et organisent la première unité de guérilla. Ils sont rejoints par ‘Che’ Guevara et Juan Almeida. Le 24 décembre, les dirigeants du Movimiento 26 de julio se rencontrent secrétement pour réfléchir au support à apporter aux rebelles de la Sierra Maestra. Le 31 décembre, une bombe du Movimiento 26 de julio souffle le cabaret Tropicana.

Le 2 janvier 1957, 4 jeunes dont William Soler, 14 ans, sont retrouvés morts dans un bâtiment désaffecté. Ils ont été soupçonnés d’activités révolutionnaires, arrêtés et torturés. 2 jours plus tard, 500 femmes, dont la mère de Soler, défilent en blanc dans les rues de Santiago. Malgré la multiplication des actes de rébellion, Fulgencio Batista déclare le 12 janvier que la paix règne dans le pays, à l’exception de quelques bombes posées par des communistes. Les fidelistes réussissent pourtant l’attaque d’une petite caserne de La Plata et obtiennent quelques armes. Fulgencio Batista réagit en envoyant le 21 janvier une troupe d’élite menée par Angel Sánches Mosquera à la recherche des rebelles. Une plus grosse unité dirigée par Joaquín Casillas Lumpuy suivra. À la Havane, Faustino Pérez Hernández (Movimiento 26 de julio) et Raúl Chibás (Parti Ortodoxo) commencent à organiser la résistance. Le 9 février, l’armée attaque les rebelles à Altos de Espinosa. Le 17 février, le journaliste Herbert Matthews du New York Times interviewe Fidel Castro qui est conscient de l’importance de la communication. La publication le 24 février donne une couverture mondiale à la guérilla. Le 28 février, le Partido Socialista Popular écrit au Movimiento 26 de julio pour expliquer son refus de la lutte armée. Le 1er mars, l’armée annonce qu’elle a vaincu la rébellion.

Le 11 mars 1957, Frank País est arrêté pour avoir participé à l’insurrection de novembre 1956. Le 13 mars, un groupe du Directorio Revolucionario mené par Faure Chaumont rejoints par des membres du Partido Auténtico de Menelao Mora Morales et Carlos Gutiérrez Menoyo attaque le palais présidentiel. En parallèle, José Antonio Echeverría prend d’assaut la radio CMQ d’où il diffuse un message au peuple cubain. En retournant à l’université, il est tué. La même nuit, la police exécute Pelayo Cuervo Navarro, dirigeant du Parti Ortodoxo. Une vague de répression et d’assassinats envahit le pays. Le 20 avril, Fulgencio Batista fait exécuter 4 leaders étudiants du Directorio Revolucionario (Joe Westbrook Rosales, José ‘Machadito’ Machado Rodríguez, Juan Pedro Carbó Servía et Fructuoso Rodríguez Pérez) qui ont survécu à l’attaque du 13 mars. L’événement sera retenu comme le « massacre du 7, rue Humboldt ». Le 23 avril, le journaliste Robert Taber réaliste une interview télévisée de Fidel Castro pour CBS-TV. Le 17 mai, le dirigeant communiste Ursinio Rojas Santiesteban est arrêté à la Havane. Le 18 mai, les rebelles reçoivent quelques armes automatiques et des munitions dans la Sierra Maestra. Le 20 mai, Fidel Castro demande au président américain Dwight David Eisenhower de cesser de fournir des armes à Fulgencio Batista. Le 26 mai, le yacht Corinhia débarque à Mayarí. La plupart sont fusillés ou assassinés. Le même jour, une bombe endommage sérieusement le moulin Tinguaro à Matanzas. Le 28 mai, la rébellion attaque la caserne El Uvero, au sud de la Sierra Maestra, et mettent la main sur de nombreuses armes. Le 30 mai, Fulgencio Batista intensifie la guerre contre les insurgés dans les montagnes.

Le 12 juillet 1957, Fidel Castro et des dirigeants du Partido Ortodoxo (Raúl Chibás et Felipe Pazos) signent le Manifesto de la Sierra Maestra. Il appelle à la formation d’un Frente Cívico Revolucionario pour « mettre fin au régime de force, de violation des droits individuels et des crimes de la police ». Le 21 juillet, ‘Che’ Guevara est le premier combattant à être promu commandant par Fidel Castro. Il prend la tête du second régiment de l’armée rebelle. Le 30 juillet, le colonel José Salas Cañizares assassine Frank País, un des leaders du Movimiento 26 de julio. Le lendemain, 60.000 personnes assistent à une marche funèbre en son honneur. La foule est trop nombreuse pour la police et la ville est fermée pendant 3 jours. Le 15 août, un grand nombre de personnes sont arrêtées par la police : Francisco Pérez Rivas, María Urquiola Lechuga, Mercedes Urquiola Lechuga, José Manuel Alvárez Santa Cruz, Francisco Miares Fernández, Manuel de Jesús Alfonso, Enrique Delgado Mayoral, Eliecer Cruz Cabrera, Eladio et Ignacio Alfonso Carrera, José Herrera León, Ubaldo Fiallo Sánchez, Antonio Fernández Segura, Jorge Alvarez Tagle, Juan Fernández Segura, Francisco Gómez Bermejo, Pastor Valiente Hernández, Norberto Belanzoarán López… Le 20 août, les rebelles remportent une victoire supplémentaire à Palma Mocha. Le 5 septembre, une insurrection éclate à Marina de Guerra. L’aviation bombarde la population, violant la convention signée avec les États-Unis. Le 4 novembre, le journal El cubano libre de l’armée rebelle est publié par ‘Che’ Guevara dans les montagnes de la Sierra Maestra. Le 28 novembre, un attentat à la bombe est perpétré contre les installations électriques de Nicaro. Le 30 novembre, le Pacto de Miami est signé par des leaders du Partido Auténtico, du Partido Ortodoxo, du Directorio revolucionario, de la Federación Estudiantil Universitaria… La Junta de liberación cubana est créée depuis les USA. Le 6 décembre, les troupes rebelles affrontent l’armée de Fulgencio Batista à El Salto. Le 14 décembre, Fidel Castro dénonce le Pacto de Miami et la Junta de liberación cubana. Il ne conçoit pas de recevoir d’ordres venant de personnes qui ont fuit le combat.

Au début de l’année 1958, Fulgencio Batista reçoit 1.000.000 de dollars d’aide militaire de la part des États-Unis. Tout le matériel de combat de l’armée vient des USA et les soldats sont entraînés par les forces armées étasuniennes. Le 11 février, les forces rebelles signent la première loi qui rétablit la peine de mort pour les délits d’assassinat, de rapine ou de torture. Le 23 février, le coureur automobile Juan Manuel Fangio est enlevé par le Movimiento 26 de julio. Le 24 février, 63ème anniversaire de la guerre d’indépendance, Radio Rebelde commence à émettre depuis la Sierra Maestra, « territoire libre de Cuba », sous la direction de Carlos Franqui et animé par Violeta Casals Díaz. Le 10 mars, les insurgés ouvrent un nouveau front au nord de Santiago, dans la Sierra Cristal. Au cours du même mois, 45 institutions civiles (organisation des avocats, des architectes, des comptables publics, des dentistes, des ingénieur de l’électricité, des travailleurs sociaux, des professeurs, des vétérinaires…) signent une lettre ouverte en soutien au Movimiento 26 de julio. Le 1er avril, le mouvement appelle au non-paiement des impôts. Le 5 avril, le Movimiento 26 de julio appelle les juges, la police et les militaires à abandonner leurs postes. Le 9 avril, une grève générale éclate mais elle est peu suivie par manque de soutien populaire et à cause d’une brutale répression du régime. Le 14 mai, Fulgencio Batista lance l’operación verano, massive offensive contre les insurgés. Les forces rebelles enlèvent plusieurs américains. Elles obtiennent une victoire importante le 29 juin à Santo Domingo de Cuba. La bataille de Jigüe qui a lieu du 11 au 21 juillet marque un point important dans la lutte armée contre le pouvoir. Le 20 juillet, le Pacto de Caracas se concluent par la formation de la Junta de Unidad ou Frente Cívico Revolucionario Democrático qui rassemble de nombreux opposants au régime. Les 18 et 19 août, sur Radio Rebelde, Fidel Castro appelle les soldats de Fulgencio Batista à déposer les armes. Le lendemain, le teste du Pacto de Caracas est diffusé. Il demande la fin du support américain au régime de Fulgencio Batista. Le 29 août, 2 colonnes se dirigent vers les provinces occidentales. Les insurgés remportent les batailles de Santa Cruz del Sur (7 septembre), Yara (18 septembre) et Cerro Pelado (27 et 28 septembre). Le 9 octobre, l’armée rebelle crée un nouveau front dans l’Oriente. Le lendemain, elle propose une série de lois : réforme agraire, interdiction de participer aux élections planifiée pour l’année en cours, les fermiers et agriculteurs deviennent propriétaires de leurs terres… En octobre, les leaders ouvriers du Movimiento 26 de julio et les communistes se rassemblent pour former le Frente Obrero Nacional Unido. Les rebelles remportent les batailles de Güinía de Miranda (26 et 27 octobre) et d’Alto Songo (2 novembre). Le 3 novembre, dans une élection truquée, le candidat supporté par Fulgencio Batista, Andrés Rivero Agüero, est déclaré vainqueur. Les défaites du gouvernement en place continuent à Palmo Soriano (7 décembre), à Baire et San Luis (9 décembre) et à Fomento (15 au 18 décembre). Le 17 décembre, Earl Smith, ambassadeur des États-Unis demande à Fulgencio Batista de démissionner de ses fonctions. Les rebelles progressent : Jiguaní, Caimanera et Mayajigua (19 décembre), Cabaiguán (22 décembre) et Sancti Spíritus (23 décembre). Menacé, Fulgencio Batista envisage de transférer le pouvoir à une junte et de quitter l’île le 26 janvier 1959. Les insurgés prennent Caibarién (26 décembre) et Remedios et Palma Soriano (27 et 28 décembre). Ils prennent Santa Clara le 29 décembre et entourent Santiago de Cuba. Le même jour, les proches de Fulgencio Batista s’enfuient aux USA. Le lendemain, El Caney tombe. Le jour suivant, c’est Las Villas. Le 1er janvier 1959, Fulgencio Batista quitte le pays en avion et se réfugie à Santo Domingo.

Comme l’a décrit Arthur Meier Schlesinger, historien américain, « la corruption du gouvernement, la brutalité de la police, l’indifférence du régime pour les besoins d’éducation, de soins médicaux, de logements, de justice sociale, d’équité économique… du peuple est une invitation à la révolution ». Le peuple voit dans le départ de Fulgencio Batista la fin de l’oppression policière, des inégalités sociales, de l’omniprésence de la mafia américaine (qui transforme la Havane en « bordel de l’Amérique » en construisant casinos et hôtels riches touristes américains dont le Habana Riviera, le Capri ou le Habana Hilton) et de la mainmise des USA sur la vie politique et économique de l’île (l’Amérique contrôle 90% des mines, 90% des plantations, 80% des services publics, 50% des chemins de fer, 40% de la production de sucre qu’elle achète à prix préférentiel et 25% des banques de dépôts).

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