La Caringa

La Caringa ou Karinga est le nom cubain de la Calenda, Kalenda, Calinda ou Kalinda. Cette dernière est un chant d'origine africaine, plus précisément du royaume d'Ardá, Adrá, Ardrá, Aradá ou des Ardres au sud de la Guinée. Elle accompagne la danse du même nom. Son nom viendrait soit du mot "Kalenda" utilisé pour désigner la marímbula (caisse en bois munie de lames de métal que l’on fait vibrer), soit du mot "calinga" qui désigne une région et un fleuve Congo mais aussi une ancienne danse en Guinée.

Au cours du temps, cette danse s'est transformée pour devenir une danse cubaine des guajiro ("paysans blancs").

Histoire de la danse

Une danse d'esclaves

Le prêtre Jean-Baptiste Labat fournit en 1722 les premières descriptions de la Kalenda en Martinique. Il explique que les danseurs sont disposés en 2 rangées, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. Les spectateurs forment un cercle autour des danseurs et musiciens. Le danseur le plus habile chante une tonadilla (air, mélodie) qu'il improvise en faisant référence aux sujets d'actualité. Le sonsonete ou bordón (refrain) est alors répété par tous les danseurs qui frappent dans les mains pour rythmer la chanson. Ils s'approchent les uns des autres jusqu'à quelques dizaines de centimètres puis reculent. Au signal des tambours, ils se rejoignent jusqu'à se toucher les cuisses et le nombril puis reculent immédiatement par des pirouettes. Ils recommencent plusieurs fois l'ensemble du mouvement avec une attitude peu décente. De temps en temps, ils s'accrochent par le coude, bras dessus, bras dessous, et effectuent 2 ou 3 tours en se faisant des bisous.

En 1796, en Haïti, Médéric-Louis-Élie Moreau de Saint-Méry décrit la Kalenda d'une manière un peu différente. Pour lui, ce serait une danse vive mais gracieuse pratiquée par un ou plusieurs couples. Le pas de danse, simple, ressemble à une marche pendant laquelle les danseurs frappent le sol de la pointe du pied et du talon. Ils évoluent et tournent l'un autour de l'autre. La femme tient l'extrémité d'un mouchoir qu'elle agite.

D'autres descriptions ont été retrouvées en Louisiane en 1758 ou à Trinité-et-Tobago en 1881. La diffusion de cette danse fut très large dans les Caraïbes et en Amérique du sud (jusqu'en Argentine).

La Caringa à Cuba

Comme dans les pays cités précédemment, la Caringa est une danse pratiquée par les esclaves transportés à Cuba par la traite négrière. L'église catholique tenta de la faire interdire, la considérant licencieuse. Elle se heurta cependant au fait que les Espagnols appréciaient eux aussi cette danse apprise au contact des Noirs. Les paysans espagnols ont adapté la musique à une danse d'origine européenne à la mode dans les villes et possiblement dans les zones rurales pour la transformer en une danse typique du guajiro ("paysan blanc"), très populaire au cours du 19ème siècle. Les colons la transportèrent dans leurs diverses colonies des Caraïbes.

Les danses accompagnent le chant suivant que le chœur répète en boucle :

Chant

Toma, toma y toma, Caringa
a los viejos palo y jeringa.

La Kalenda originale, celle des esclaves, a été en grande partie oubliée. On dit qu'elle donna naissance à la Yuka des Congos. Aujourd'hui, la Caringa "blanche" fait plutôt partie du répertoire des groupes folkloriques. On peut aussi la retrouver dans l'ancienne province de Las Villas, particulièrement liée à la ville de Majagua, comme danse traditionnelle des fiestas de los bandos rojo y azul.

La Caringa aux Canaries

La Caringa a été transportée aux Canaries probablement durant la seconde moitité du 19ème siècle où elle rencontra un énorme succès jusqu'aux années 1930. Voici un exemple de chant dans lequel on retrouve le refrain cubain :

Chant

[Soliste]

El que trajo la Caringa
que se la vuelva a llevar,
que nosotros la Caringa
no la sabemos bailar.

Comenzamos la Caringa,
debes bailar sin temor,
levanta bien las rodillas
y lo harás mucho mejor.

Para bailar la Caringa
hace falta un buen salón,
pa'bailarla bien bailada
al son del acordeón.

[Chœur]

Toma y toma y toma la Caringa,
pa'los viejos palos y jeringas.

Toma y toma y toma la Caringa,
pa'lo viejo palo y cachimba.

Une danse de combat

Il faut noter que la Kalenda est aussi le nom d'une danse de combat dont on trouve trace dès le 19ème siècle durant les carnavals de la Trinité-et-Tobago et de la Guadeloupe, lors des fêtes et cérémonies du Vaudou en Haïti ou à la Grenade. Cette musique accompagne une danse de combat avec des bâtons. Elle ne semble pas être liée à la Caringa cubaine, elle est proche du Maní.

Caractéristiques de la danse

La Caringa des esclaves

À l'origine, la Calenda des Noirs était accompagnée de tambours. Cette danse de fête, joyeuse, pouvait durer plusieurs heures.

La Caringa "blanche"

Repris par les colons, ces chants sont soutenus par des instruments espagnols : guitare, laúd, bandurria, tiple et bandonéon. La rythmique peut être soutenue par un güiro et plus rarement des timbales ou des congas.

La danse devient une danse de couples qui, comme bien d'autres danses rurales, reprend le thème de la parade amoureuse. Le danseur tente de séduire la danseuse qui rejette ce dernier. La danse est vive et joyeuse.

Le pas de base est influencé par la Polka qui fut très populaire à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Elle possède une grande richesse de pas de danse permettant d'exhiber la dextérité des participants. Les genoux sont levés assez haut, permettant de marquer la danse avec force. Certains pas donnent l'impression d'être légèrement sautés.

Le danseur place ses mains dans le dos, à hauteur de la ceinture. Parfois, il agite son chapeau d'une main sans déplacer la seconde. Durant la danse, sa tête est animée d'un mouvement continu, comme s'il disait "oui". La danseuse peut soit appuyer ses mains sur ses hanches, soit tenir sa longue robe.

La Caringa :

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