La Nueva Trova

La Révolution prépare la Nueva Trova

Dès ses premiers moments d'existence, la Révolution et ses dirigeants sont bien acceptés par les chanteurs du Filín et réciproquement. Il faut rappeler que c'est par la Mil Diez, la radio socialiste, que le mouvement a pu se diffuser à la fin des années 1950 et que la plupart des acteurs du Filín sont acquis aux idées révolutionnaires.

Pour les vedettes de la musique cubaine, la vie devient plus difficile et l'heure de l'exil commence. Mais le vivier cubain est riche de jeunes artistes et de nouveaux noms apparaissent aux côtés de ceux qui restent sur l'île, principalement les valeurs sures de la Canción et du Filín, dont les idéaux sont proches des conceptions des révolutionnaires et qui peuvent plus facilement s'exprimer au début des année 1960. En effet, la Révolution apporte à ces acteurs de la musique populaire cubaine et aux musiciens de province une nette amélioration des conditions de travail et une meilleure reconnaissance quand ils véhiculent un message pro-révolutionnaire ou anti-américaniste. La fonctionnarisation offerte par l'État leur permet d'avoir un salaire et de vivre de la musique. De plus, un effort unique est fait pour l'enseignement musical à tous les niveaux et se développent des conservatoires de très bonne qualité d'où sortent de solides musiciens capables d'évoluer dans les répertoires classique, populaire et même jazzistique. Enfin, un grand travail de préservation de toutes les traditions musicales est engagé et aboutit à la création du Conjunto Folklórico Nacional et de nombreuses Casas de la Trova dans diverses villes où peuvent se retrouver et s'exprimer les cantantes, trovadores et soneros et des festivals sont organisés afin de revaloriser les musiques populaires.

Parmi les nouveaux noms figurent ceux qui vont, aux côtés de Pablo Milanés, constituer dans la seconde moitié de la décennie le mouvement de la Nueva Trova comme Silvio Rodríguez, Amaury Pérez...

La naissance de la Nueva Trova

Pablo Milanés
Pablo Milanés

Suite à la composition de "Mis veintidos años" par Pablo Milanés en 1965, la fin de la première moitié des années 1960 permet le retour de la guitare comme instrument central et voit naître une modification dans les textes et l'interprétation du Filín et l'émergence de nouveaux compositeurs et de nouvelles voix, fortement influencés par la Révolution et par la situation politique internationale comme la guerre au Viet-Nam, le Chili, les mouvements sociaux américains...

D'une part, la chanson engagée ou Canción Protesta nord-américaine, portée par Joan Baez et Bob Dylan et d'autre part, la Nueva Canción qui se forme en Argentine et prend de l'ampleur au Chili avant de se répandre dans toute l'Amérique du Sud et en Espagne grâce à Víctor Jara, Violeta Parra, Daniel Viglietti, Joan Manuel Serrat, Raimón... ont une forte influence sur ces nouveaux venus. Ils ont aussi une large audience au sein du public cubain. Pablo Milanés, Silvio Rodríguez, Noel Nicola, Vicente Feliú, Martín Rojas... commencent à composer des thèmes inspirés de préoccupations similaires à celles de ces interprètes. Pablo Milanés écrit et chante "Yo vi la sangre de un niño brotar", Silvio Rodríguez crée "Mientras tanto" et Noel Nicola compose "Con todo mi respeto". Ces artistes engagés prennent le nom de cantautor (chanteur-auteurs).

Silvio Rodríguez
Silvio Rodríguez

Le nouveau régime cubain ne peut que voir avec bonheur la naissance de ce courant et, en 1967, organise dans la Casa de las Américas à la Havane le Festival de la Canción Protesta, première rencontre de la chanson engagée à laquelle participent des auteurs-interprètes de tous les continents et qui clôt ses travaux par une résolution proclamant que la chanson est une arme au service du peuple. Silvio Rodríguez crée "Fusil contra fusil" en 1968.

Dès la seconde moitié de la décennie, des programmes radiophoniques et des émissions télévisées comme Mientras tanto propagent les thèmes et la voix des nouveaux trovadores.

Pour aider et enrichir musicalement leurs compositions, l'I.C.A.I.C. (Instituto Cubano de Arte e Industria Cinematográficos ou Institut Cubain des Arts et de l'Industrie du Cinéma) met à leur disposition le Grupo de Experimentación Sonora créé en 1969 sous la direction de Juan Leovigildo 'Leo' Brouwer Mesquida et composé de musiciens acquis aux idées révolutionnaires. Ces dernières années de la décade et le début des années 1970 sont marqués par une grande effervescence et une volonté de structuration et d'organisation chez tous ces jeunes trovadores. En 1972, se déroule à Manzanillo des rencontres de jeunes trovadores, le Primer Encuentro de Jóvenes Trovadores (première rencontre des jeunes trovadores), qui débouche sur la création "officielle" du Mouvement de la Nueva Trova (qui se différentie de la Nueva Canción à cause du contexte particulier du communisme cubain) avec les auspices du Ministère de la Culture, de l'Union de Jeunes Communistes et des organismes de la culture et de l'idéologie. Ces rencontres se renouvelleront en 1973.

Pablo Milanés écrit et chante "Yo pisaré las calles nuevamente" en 1974, hymne aux personnes disparues durant le coup d'état du dictateur Augusto José Ramón Pinochet Ugarte contre le président Salvador Allende Gossens dont l'élection démocratique était suivie attentivement et appréciée à Cuba.

De l'ensemble du pays émergent de nouveaux talents individuels et de nouveaux groupes, s'inscrivant dans la démarche socialement engagée de la Nueva Trova.

À la Havane, Marta Valdés, Amaury Pérez ("Para cuando me vaya"), la jeune Sara González Gómez ("Girón: la victoria"), s'inscrivent déjà depuis quelques années dans le mouvement. Plusieurs interprètes du Filín, Omara Portuondo, César Portillo de la Luz... chantent les nouveaux thèmes. Des groupes se forment également dont les plus importants sont Manguaré (1972), Moncada, Mayohuacán, Los cañas ou le groupe vocal Tema IV. Beaucoup incorporent à leurs débuts des instruments originaires des Andes sous l'influence de formations telles que Quilapayún ou Inti-Ilimani.

À Santiago de Cuba, Augusto Blanca, Freddy 'Chispa' Laborí ainsi que les groupes Muralla, Granma, Convergencia... sont sur le devant de la scène.

À Camagüey, Miguel Escalona, Rafael de la Torre, Heriberto Reinoso, Luis Lima... et à Cienfuegos, Lázaro García se distinguent dans les festivals. À Matanzas, les groupes Arenas Blancas, Nueva Era, Nuestra América sont les principaux acteurs de la Nueva Trova. À Trinidad, Pedro Dámaso González Lozano et José Ferrer créent le Duo Escambray en 1972.

Dès les années 1970, les acteurs du mouvement se présentent dans toute l'île. Ils occupent les théâtres, les centres de travail, les universités, les centrales sucrières et les meeting politiques. Bien évidemment, les principales figures de la Nueva Trova sont présentes dans toutes les délégations culturelles cubaines voyageant à l'étranger, notamment en Amérique latine et en Europe de l'Est.

À partir des années 1980, la Nueva Trova, en temps que mouvement structuré, commence à se désagréger. Tout en conservant l'engagement de leurs textes, les groupes reviennent vers les rythmes cubains comme le Son ou Guaracha.

Si les principaux fondateurs du mouvement restent toujours sur le devant de la scène, une nouvelle génération apparaît dont Santiago Feliú, Donato Poveda, Xiomara Laugart, Franck Delgado, Gerardo Alfonso, Pedro Luis Ferrer, Liuba María Hevia, Anabell López... Cette génération reçoit le surnom de "generación de los topos" (génération des taupes) en raison de leur origines "underground".

Influencés par la crise et les nouvelles données économique, les textes sont plus critiques et les auteurs moins présents sur les scènes politiques. Leur engagement est plus proche d'un esprit révolutionnaire en général que de la défense de ce qui se fait spécifiquement à Cuba. Carlos Varela est le symbole de cet esprit rebelle.

Le boom de la Salsa qui, dès le début des années 1990, monopolise les espaces de diffusion (radio, télévision...) rend plus difficile la vie des nouveaux trovadores qui pourtant gardent une grande popularité à l'étranger au moment où la chanson engagée est en perte de vitesse notamment dans les pays d'Amérique latine.

La Nuevísima Trova

Les nouvelles générations de musiciens, la "generación de los topos" des années 1980 puis celle des années 1990, ont peu à peu remplacé le terme Nueva Trova par la dénomination Nuevísima Trova ou Novísima Trova.

Carlos Varela
Carlos Varela

Notamment sous l'influence de Carlos Varela, cité comme le plus grand représentant de la Nuevísima Trova, les thèmes des chansons sont plus critiques envers le gouvernement de Fidel Castro. Ils mettent en avant les difficultés de la société cubaine et la frustration de la jeunesse de l'île.

Parmi les musiciens qui se sont fait connaître dans les années 1990, on peut citer Karel García, Vanito Brown, Eduardo Calero, Lourdes Pérez, William Vivanco, Mikie Rivera, Polito Ibanez, David Torrens... et des groupes comme Habana Abierta, Lucha Almada, Trío Enserie ou Gema y Pavel.

Instrumentation

L'instrumentation de la Nueva Trova est très minimaliste et se résume en général à une guitare qui accompagne le chant dont le thème est engagé. Les thèmes abordés touchent à des problèmes sociaux et politiques ou des débats sur la condition humaine.

Quant à elle, la Nuevísima Trova adopte plus volontiers une instrumentation récente comme des guitares électriques et emprunte des éléments de musiques étrangères, en particulier du Rock (jeu de guitare, projection de la voix, harmonies...).

La Nueva Trova :

  • "Mis veintidos años" (1965) de Pablo Milanés - Nueva Trova
  • "Mientras tanto" (1967) de Silvio Rodríguez - Nueva Trova
  • "Yo vi la sangre de un niño brotar" (1967) de Pablo Milanés - Nueva Trova
  • "Fusil contra fusil" (1968) de Silvio Rodríguez - Nueva Trova
  • "Yo pisaré las calles nuevamente" (1974) de Pablo Milanés - Nueva Trova
  • "Con todo mi respeto" (1980) de Noel Nicola - Nueva Trova

La Nueva Canción :

La Nueva Trova :

Silvio Rodríguez :

Pablo Milanés :

Carlos Varela :

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