Le Maní

Le Maní, Mani, Juego de Maní, Baile de Maní ou Bambosá est une danse de combat qui se rapproche des arts martiaux comme la Capoeira pratiquée au Brésil.

Histoire du Maní

Le Maní apparaît au 19ème siècle dans les plantations sucrières du centre et de l’ouest de l’île comme à Matanzas, Villa Clara, Cienfuegos, Sancti Spíritus et dans les environs de La Havane. Durant leur temps libre, les esclaves s’affrontaient soit pour s’entraîner au combat soit pour se divertir en organisant des paris sur le participant le plus fort. Pour masquer cette activité, elle était accompagnée de musique afin que le maître croient à une danse. Parfois, ce dernier n’était pas dupe et participait aux paris. Il arrivait même que soient organisés des « rencontres » entre esclaves de diverses plantations comme on organise un combat de coqs.

Les meilleurs maniseros étaient réputés comme le sont les boxeurs aujourd’hui. On raconte que l’un des plus connus, Indalecio Esponda de la plantation « Bacuino » de Las Villas, fut libéré après avoir vaincu de nombreux concurrents dans un jeu de Maní.

Jusque dans les années 1930, date de son interdiction, le Maní fut pratiqué dans le quartier Los positos de Marianao (quartier de la Havane). Aujourd’hui, il n’est presque plus pratiqué. Quelques maîtres dont Juan de Dios Ramos Morejón, directeur de la troupe Raíces Profundas, tentent de maintenir cette pratique vivante. Quelques compagnies comme le Conjunto Folklórico Nacional dansent le Maní dans une version chorégraphiée où les coups ne sont plus portés comme ils l’étaient à l’époque coloniale.

Organisation d’un juego de Maní

Dans son livre Los bailes y el teatro de los negros en el folklore de Cuba écrit en 1951, Fernando Ortiz Fernández décrit le Maní comme une danse-pugilat. Il se pratique de jour, sur une « tierra muerta« . Les participants, appelés maniseros peuvent être nombreux. Pieds et torse nus, ils sont simplement vêtus d’un pantalon.

Le joueur qui va commencer est désigné par tirage au sort. Il se place au centre d’un cercle formé par les autres participants. Le Maní n’est pas soumis à une chorégraphie particulière ; le danseur et chanteur central improvise des pas, des sauts, des déplacements… comme pour distraire les autre maniseros. Son jeu de jambes est similaire à la Ginga, mouvement de base de la Capoeira brésilienne. De manière inattendue, il assène un fort coup de poing à l’un des participants qui l’entourent. Ce dernier ne peut que se défendre à l’aide de ses bras ou tenter d’éviter le choc. S’il tombe sous le coup ou qu’il recule et sort du cercle, il a perdu et doit sortir du jeu. S’il esquive la frappe, il prend la place privilégiée de joueur central, éliminant celui qui occupait cette place. Le Maní prend fin lorsqu’il ne reste plus qu’un manisero.

Un ensemble de tambours yuka accompagnent le Maní. Le percussionniste principal, le cajero, souligne les coups donnés par le joueur central par une frappe sèche sur son tambour nommé caja. Ce principe se retrouvera dans la Columbia. Si le cajero ne marque pas correctement le mouvement du danseur, il est remplacé par un autre musicien et il rejoint le cercle des maniseros. Ces derniers jouent le rôle de chœur et exhortent le joueur central.

Le Maní n’est donc pas un combat entre 2 personnes mais plutôt un jeu collectif de courage, force, résistance et imagination pour masquer l’intention de frapper. Il existe plusieurs variantes de Maní :

  • le « Maní limpio » qui se pratique à mains nues ;
  • le « Maní con grasa » car les concurrents s’enduisent le torse, les bras et la tête d’huile de corojo (plante aussi appelée ivoire végétal) pour atténuer les coups portés ;
  • le « Maní con muñequeras » pour lequel les participants portent aux poignets et aux avant-bras des bracelets en cuir munis de têtes de clous, de pointes de barbelés, de morceaux de coquillage ainsi que tout type de sortilège. Cette variante était de loin la plus dangereuse malgré le fait que les coups soient « réglementés » (toujours du bas vers le haut par exemple).

Certains anciens indiquent que parfois, des participants s’attachaient la main gauche à l’épaule opposée ou se bandaient les yeux pour augmenter la difficulté du jeu et magnifier le manisero en cas de victoire. Ils signalent aussi que quelques femmes fortes pouvaient participer. Il exista aussi des variantes autorisant l’utilisation de bâtons, de couteaux et même des machettes. Les risques de blessures n’étaient pas négligeables et certains coups peuvent même être mortels.

Origines du mot « Maní »

Les origines du mot « maní sont discutées. Il signifierait « guerre » dans une langue africaine non-identifiée. Il n’a donc aucun rapport avec le mot homonyme qui désigne les cacahuètes.

Une première hypothèse est qu’il viendrait du début du mot « manikongo » qui signifie « roi de l’empire Congo« . Les origines du Maní serait donc Congo. D’autres soulignent la proximité graphique et sonore entre « maní » et « gangá maní » (peuple vivant au bord du fleuve Mani ou Saint John qui délimite le Liberia et la Guinée française englobé à Cuba sous l’appellation Gangá), ce qui en fait une pratique Gangá.

Les chants

Chant

E que no guanta no rima
Ponte lejo pa mirá


Le Maní :

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