Le Canto de Clave

Le Canto de Clave est un genre musical qui était interprété par les coros de clave à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.

Naissance du Canto de Clave

Certains considèrent que l’origine des coros de clave vient de Barcelone. En 1845, le poète et musicien catalan José Anselmo Clavé aurait fondé sa première chorale La aurora composée de chanteurs issus de la classe ouvrière. Après divers succès, il crée l’ensemble Euterpe. En 1857, ses concerts avec cette formation donnent naissance à la culture populaire des coros de Clavé. Cette tradition aurait ensuite été amenée à Cuba où elle aurait été adoptée par la communauté noire de la Havane et de Matanzas. Coro de Clavé aurait alors perdu l’accent sur le dernier « e » en devenant coro de clave.

Les coros de clave, ensembles vocaux amateurs, sont nés à la toute fin du 19èmesiècle dans les quartiers du port de la Havane et de Matanzas (où ils prennent aussi le nom de bandos de clave). Castañeda Moliner et Gutiérrez Rodríguez pensent que les premiers coros de clave ont vu le jour juste après la fermeture des cabildos alors que d’autres estiment que ces groupes existaient déjà au sein de ces sociétés d’entre-aide. Les premiers coros de clave sont La unión, El arpa de oro, El botón de oro, La moralidad ou La juventud.

Il est fréquemment dit que les Abakuás ont pris une part importante dans les coros de clave. Les sociétés Abakuás étant alors interdites, ses membres auraient profité des coros de clave pour masquer leurs activités.

Ces chorales connaissaient leur heure de popularité durant les fêtes et carnavals de Noël quand, dans les rues de leur quartier, elles y interprètent les Cantos de clave (souvent abrégé par Claves ou Claves popular, à ne pas confondre avec l’instrument ou le rythme joué par ce dernier). Les coros de clave ou Claves navideñas se diffusent dans toute la ville à partir des années 1900.

Entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, suite à diverses migrations internes, le format des coros de clave se répand à Cárdenas, à Sancti Spíritus (autour de 1894, date de création du coro nommé La yaya sous l’impulsion de Juan de Dios Echemendia) et à Trinidad.

Les coros de clave avaient aussi l’habitude de chanter des chansons de protestation contre les dures conditions sociales des classes populaires. Le gouvernement espagnol décida alors de rendre ces regroupements illégaux en 1913.

Les coros de Guaguancó, grupos de Guaguancó ou agrupaciones de Guaguancó naîtront ensuite à partir des coros de clave. Ceux-ci vont se dédier à la Rumba.

À partir des années 1920 et 1930, les coros commencent à décliner pour finalement disparaître dans les années 1940.

Parmi les coros de clave ou coros de Guaguancó, on peut citer El arpa de oro (Jesús María, Havane), Botón de oro (Havane), La juventud (Havane), La moralidad
(Havane), La juventud (Havane), El timbre de oro (Pueblo nuevo, Havane), La discusión (Los sitios, Havane), Los capirotes (Havane), Los rapidos fiñes (Havane), La hoja de guayaba (Havane), La tuya (Havane), El clavel (Havane), Tercio de Colón (Colón, Havane), Los jesuitas (Colón, Havane), Los dichosos (Jesús del Monte, Havane), Los roncos (Pueblo Nuevo, Havane), El paso franco (Carragüao et El pilar, Havane), Los lugareños (Jesús María, Havane), Azules amalianos (Jesús María, Havane), La unión (Matanzas), Santa Ana (Matanzas), Los marinos (Matanzas), Bando rosado (Matanzas), Bando verde (Matanzas), Bando rojo (Matanzas), El liro blanco (Matanzas), El flamboyán (Matanzas), Bando Azul (Matanzas), Los congos de Angunga (Matanzas), La yaya (Sancti Spíritus), El grano de oro (Sancti Spíritus) ou El club joven clave (Sancti Spíritus).

Influences du Canto de Clave

Diverses variantes du Canto de Clave ont vu le jour comme :

  • la Clave ñáñiga dont les textes utilisent le dialecte abakuá. La signature rythmique est en 6/8 ;
  • la Clave teatral, développée et perfectionnée par le musicien cubain Jorge Anckermann et très employée dans le teatro vernáculo (théâtre composé d’acteurs blancs qui portaient des masques représentant des visages de Noirs). « Oye mi clave » en est un exemple. Les trovadores ont également cultivé ce genre musical en l’adaptant à leur manière de chanter.

Structure du Canto de Clave

Le Canto de Clave est un mélange d’influences espagnoles et africaines. La culture espagnole se ressent dans la mélodie, les tours de chant et l’usage de la cadence rythmique des musiques rurales. La métrique utilisée par les coros de clave est généralement en 6/8 alors que les coros de Guaguancó ont plutôt adopté une rythmique en 2/4.

Tout d’abord, un tonista définit la tonalité de la chanson grâce à une introduction, la diana (envolées vocales composées de sons sans signification). Puis, le Canto de Clave commence par un solo mené par un soliste appelé clarín ou clarina. Vient ensuite une réponse du chœur. Le chanteur soliste improvise des variations en accord avec le couplet produit par ce dernier.

Robin Moore pense, contrairement à Fernando Ortiz, que le texte écrit par le decimista est basé sur le dizain. Afin que la grammaire et la diction soit exacte, les groupes choisissaient un censor (censeur) pour veiller à la correction des textes et la beauté des mots.

Les notes sont accentuées à contre-temps. L’harmonie privilégie la tierce et la sixte.

Instrumentation

Les coros de clave se composent d’un soliste accompagné d’un large chœur mixte (pouvant aller jusqu’à 150 participants) à l’image des orphéons espagnols (sociétés chorales masculines constituées de chanteurs issus des classes moyennes ou populaires).

Quand un rythme était marqué, le percussionniste le frappait légèrement sur une vieille vihuela (sorte de viole) sans corde appelée viola ou bajo. Il était accompagné de claves, très présentes dans la communauté pauvre noire. À Sancti Spíritus, l’ensemble rythmique pouvait être complété par des bongos à tension par coins

Botija
Botija

Parfois, cet ensemble était complété d’une guitare, une botija (instrument fabriqué en terre cuite et possédant un orifice par lequel il faut souffler pour produire un son grave proche de celui d’une contrebasse), une marímbula (caisse en bois munie de lames de métal que l’on fait vibrer pour produire un son grave), une harpe, une quijada (mâchoire inférieure de cheval, d’âne ou de mule qui est soit frappée afin d’en faire vibrer les dents comme un vibra-slap, soit frottée comme un güiro) ou un güiro.

Le coro de Guaguancó est lui plus africain. Son instrumentation incorpore des tambours et des instruments issus de la Rumba comme les cajones (caisses en bois qui remplacent les tambours prohibés par les autorités). Le chœur est généralement plus masculin.

Le Canto de Clave :

  • "Clave a Martí" - Canto de Clave

Le Canto de Clave :

  • OROVIO, Helio. Cuban music from A to Z. Duke University Press, 2004

Coro de clave :

  • MILLER, Ivor. Voice of the leopard: African secret societies and Cuba. University Press of Mississippi, 2009. Disponible sur : Google Books
  • EsquinaRumbera
  • EsquinaRumbera
  • SUBLETTE, Ned. Cuba and its music: from the first drums to the mambo (volume 1). Chicago Review Press, 2007. Disponible sur : Google Books
  • ALoCubano
  • ChumanceraLatinJazz
  • SalsaLoca
  • ESQUENAZI PÉREZ, Martha. Del areíto y otros sones. Editorial Letras Cubanas, 2001
  • Descarga
  • MAULEÓN, Rebeca. Salsa guidebook: for piano and ensemble. O'Reilly Media, 1993. Disponible sur : Google Books
  • MAYA, Roy. Cuban music: from son and rumba to the Buena Vista Social Club and timba cubana. Markus Wiener Publishers, 2002. Disponible sur : Google Books
  • ArchivoCubano
  • DANIEL, Yvonne. Rumba: dance and social change in contemporary Cuba. Indiana University Press, 1995. Disponible sur : Google Books
  • Ecured
  • Cubarte

Coro de Guaguancó :

La Clave ñáñiga :

La Clave teatral :

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